Les Ingénieurs du chaos

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En bref

Giuliano da Empoli raconte comment des stratèges du numérique, de Rome à Washington, ont transformé la colère en carburant électoral pour porter les populistes au pouvoir.

L’essentiel

L’essentiel

Les Ingénieurs du chaos

  1. Point de départ :

    Giuliano da Empoli part du carnaval romain décrit par Goethe en 1787, fête où le peuple renverse pour un temps toutes les hiérarchies. Selon lui, cet esprit est devenu le paradigme de la politique : chez les leaders populistes, l’inexpérience prouve l’honnêteté et les fake news passent pour de la liberté d’esprit. Derrière ce désordre apparent travaillent pourtant des spin doctors, des idéologues et des experts des données, qu’il nomme les ingénieurs du chaos.

    ExempleÀ Rome, Goethe voit des cochers déguisés en seigneurs et des Polichinelle élire leur propre roi : l’auteur y lit le modèle de la politique actuelle.

  2. Premier laboratoire :

    Gianroberto Casaleggio, expert en marketing numérique, s’associe au comique Beppe Grillo : un blog en 2005, puis le Mouvement 5 Étoiles en 2009. Selon l’auteur, la démocratie directe promise masque une structure verrouillée, où les militants sont traités comme des fourmis et où la plateforme Rousseau, tenue par le fils Casaleggio, reste une boîte noire. Sans idéologie, le parti suit les positions qui font le plus de clics et a ouvert le gouvernement à la Ligue de Salvini.

    ExempleDavide Casaleggio compare les vieux partis à Blockbuster et son mouvement à Netflix, censé mieux servir les demandes des citoyens.

  3. Le carburant :

    Reprenant Peter Sloterdijk, l’auteur constate que plus personne ne canalise la colère : ni l’Église ni les partis de gauche, ces anciennes « banques de la colère ». Selon lui, les réseaux sociaux, conçus pour capter l’attention par de petites doses de dopamine, l’amplifient, et des trolls comme Donald Trump en font une arme. Chaque provocation déclenche l’indignation des médias traditionnels, laquelle lui offre une publicité gratuite et un brevet d’antisystème.

    ExempleUne étude du MIT citée par l’auteur montre qu’une fausse nouvelle a 70 % de chances supplémentaires d’être relayée, car plus surprenante.

  4. La méthode :

    Avant même Facebook, Arthur Finkelstein, futur conseiller de Viktor Orban, adressait déjà un message différent à chaque groupe d’électeurs. Pour le Brexit, Dominic Cummings pousse la logique à l’extrême : avec des physiciens, il teste sans relâche des messages personnalisés et cible les indécis un par un. Selon l’auteur, la politique devient centrifuge : elle attise les passions de chaque groupe au lieu de rassembler, et ces messages contradictoires ne se croisent jamais.

    « Pour conquérir une majorité, il ne faut plus converger vers le centre mais additionner les extrêmes. »

    Chapitre 6, p. 176
  5. Le nouveau monde :

    Dans la conclusion, l’auteur compare la démocratie libérale à la physique de Newton, fondée sur une réalité commune et des choix rationnels. Avec les algorithmes, chacun habite une bulle invisible aux autres, et les leaders peuvent soutenir une chose et son contraire sans en payer le prix. Pour reprendre la main, les démocrates doivent, comme Keynes le demandait aux jeunes libéraux, inventer une nouvelle sagesse et proposer une vision qui donne envie.

    « Car ce ne sont plus nos opinions sur les faits qui nous divisent, mais les faits eux-mêmes. »

    Conclusion, p. 191

Quiz

Question 1 sur 5

Quelle fête l’auteur prend-il pour modèle de la politique populiste ?

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Sources

Texte sous licence CC BY-SA 4.0.