IA : le grand enfumage

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En bref

Deux responsables de Data for Good démontent cinq mythes de l’IA pour montrer qu’elle sert d’abord à concentrer le pouvoir, puis proposent des pistes pour lui résister.

L’essentiel

L’essentiel

IA : le grand enfumage

  1. Thèse centrale :

    Pour Théo Alves Da Costa et Lou Welgryn, l’IA n’est pas d’abord un sujet d’ingénieurs : elle sert à concentrer richesses et décisions entre les mains de quelques milliardaires. Cinq récits la protègent de la critique (solution à tout, magie, abondance, neutralité, fatalité), et le vocabulaire du merveilleux masque une chaîne très matérielle : données, modèles, puces, centres de calcul, applications. Les auteurs veulent rendre leurs lecteurs « techno-lucides ».

    ExempleJohn McCarthy imposa en 1956 l’expression intelligence artificielle, jugée plus vendeuse auprès de la Fondation Rockefeller que l’intitulé Automata Studies.

  2. Ce qui alimente la course :

    Selon les auteurs, l’IA générative coûte plus cher à mesure qu’on s’en sert : chaque requête exige un nouveau calcul et les puces doivent être remplacées tous les deux ou trois ans. OpenAI aurait dépensé environ 9 milliards de dollars en 2024 pour 4 milliards de revenus, avant de s’engager en 2025 sur 1 400 milliards d’investissements. Pour combler le trou, l’industrie impose ses outils par défaut, monétise l’intimité des conversations et brandit la menace chinoise.

    ExempleNvidia injecte 100 milliards de dollars dans OpenAI, laquelle lui achète ensuite ses processeurs graphiques : un circuit fermé que les auteurs rapprochent des bulles spéculatives.

  3. Le coût matériel caché :

    Loin d’un nuage immatériel, les centres de données réclament électricité, eau, métaux et terrains, souvent au détriment de populations déjà fragiles, et font sortir de terre de nouvelles centrales à gaz. Les gains climatiques promis restent minces : l’Ademe les estime entre 0,2 % et 2,2 % des objectifs sectoriels, alors que l’IA aide aussi les pétroliers à extraire davantage. Tel un stéroïde, elle amplifie des dynamiques déjà défavorables à la planète.

    ExempleSelon les auteurs, le centre Colossus d’xAI, à Memphis, tournait avec 35 turbines à gaz non déclarées, dont 33 sans aucun dispositif contre la pollution.

  4. La conséquence politique :

    Dans le sillage de Jacques Ellul et de Richard Sclove, les auteurs contestent l’idée d’un outil neutre : une technique est conçue pour des fins précises et façonne la société qui l’adopte. Amplification des contenus extrêmes, surveillance de masse, décisions publiques automatisées, lobbying à Bruxelles et contrats militaires renforcent quelques acteurs. Derrière, des idéologies comme le long-termisme ou l’accélérationnisme placent l’AGI au-dessus de la démocratie.

    « En somme, votre grille-pain est plus régulé que votre IA. »

    Enfumage #5, p. 159
  5. La réponse des auteurs :

    Les auteurs réhabilitent les luddites, qui combattaient la misère plus que les machines, et invitent à refuser, résister, réclamer et réimaginer, selon la grille du collectif We and AI. Ils citent des victoires : grève des scénaristes d’Hollywood en 2023, centres de données stoppés par des riverains, artistes qui piègent leurs œuvres contre l’aspiration. Ils réclament des interdictions claires, des modèles plus petits et des choix technologiques tranchés démocratiquement.

    « Personne, sur son lit de mort, ne regrettera de ne pas avoir assez scrollé sur Instagram ni assez prompté ChatGPT. »

    Conclusion, p. 247

Quiz

Question 1 sur 5

Selon les auteurs, de quelle nature est avant tout la question de l’IA ?

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